De la remémoration à l’écriture : le cas Francesca Tranchida
Résumé
Résumé
Cette étude entend analyser les écrits de Francesca Tranchida. Autrice autodidacte véritablement inclassable, qui publia deux recueils de vers et son autobiographie à 90 ans, elle est représentative des Italiennes anonymes que les écrits académiques sur l’histoire de la présence italienne en Tunisie ont négligées.
Couturière, sicilienne émigrée dans la Tunisie cosmopolite du Protectorat où elle vécut plus de trente ans, F. Tranchida ressentit, dans sa vieillesse, le besoin de se raconter et de laisser une trace permanente d’elle-même à sa famille et à ses amis. Dans son autobiographie principalement, l’autrice raconte sa longue vie dans une langue qui lui est propre, en suivant la chronologie, mais l’on peut se demander si sa mémoire est fiable. N’a-t-elle pas enjolivé, voire inventé certains souvenirs ou occulté d’autres ? Est-il possible au lecteur de croire en sa sincérité ? Bien sûr, son récit ne fait pas l’économie des événements historiques du XX° siècle qu’elle a vécus et qui l’ont marquée. Comment a-t-elle développé les rapports entre écriture de soi et écriture de l’histoire ?
Par ailleurs, de cette autobiographie émergent des thèmes forts qui offrent un caractère universel, d’abord en liaison avec la Sicile. L’émigration causa une rupture dont l’autrice ne guérit jamais ; sa nostalgie embellit ses réminiscences et mythifie sa région. Mais l’illusion va-t-elle résister à la réalité du retour ? Enfin, la représentation de sa vie en Tunisie se fait aussi en lien avec les groupes, d’abord les Siciliens, puis les Italiens, enfin les autres. Identité personnelle et altérité définissent les rapports de l’autrice et de de l’Autre dans le pays d’immigration : indifférence, antagonisme ou empathie ?
En somme, les écrits de cette autrice relatent un parcours de vie intense, constituant un témoignage précieux et original sur les immigrées italiennes en Tunisie.
Mots clés : Sicile, Tunisie, Femme, Autobiographie, Altérité